Portrait de… Julie et Théo, les passionnés derrière Naturânesse
Et si une simple plaisanterie devenait un véritable projet de vie ? C’est ainsi qu’est née Naturânesse, l’aventure de Julie et Théo, deux amoureux des animaux qui ont choisi de réunir leurs passions autour de l’élevage d’ânesses et de la fabrication de cosmétiques artisanaux au lait d’ânesse. Entre vie à la ferme, savoir-faire artisanal et respect du bien-être animal, ils nous ouvrent les portes de leur quotidien et nous racontent l’histoire d’un projet construit avec passion, patience et beaucoup d’engagement. Rencontre avec deux entrepreneurs qui ont décidé de vivre au plus près de leurs valeurs.
Commençons par les présentations …
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Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qui se cache derrière Naturânesse ?
Théo : Je suis un peu touche-à-tout ! Après une formation en charpente, j’ai créé mon entreprise dans le bâtiment. J’aime construire, bricoler et réparer, surtout quand je peux le faire dehors ! C’est en découvrant l’élevage dans les Pyrénées que j’ai retrouvé un vieux rêve d’enfant : devenir « berger ermite ». J’ai alors compris que j’avais envie de construire ma propre ferme et de vivre entouré de mes animaux.
Julie : J’ai d’abord suivi une classe préparatoire aux concours vétérinaires, avant de devenir ingénieure en horticulture. Après quelques années dans la recherche, je me suis rendu compte qu’il me manquait quelque chose : les animaux, qui ont toujours occupé une grande place dans ma vie. Je me suis alors formée à l’éducation canine, mais j’ai réalisé que ce métier était finalement davantage tourné vers les humains que vers les chiens ! Avec Théo, nous avons donc commencé à chercher un projet qui nous ressemble… et tout a finalement commencé par une plaisanterie !
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Comment vous êtes-vous rencontrés et comment est né votre projet commun ?
Nous nous sommes rencontrés alors que nous étions tous les deux éducateurs canins. Nous avons rapidement commencé à réfléchir à un projet commun qui nous permettrait de travailler avec les animaux au quotidien. Et tout est parti d’une petite plaisanterie de Théo : en me voyant fabriquer mes propres cosmétiques maison, il m’a lancé : « Mais… on pourrait monter un élevage de lait d’ânesse ! »
Sur le moment, j’ai pris ça pour une blague… mais l’idée a fait son chemin.
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Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’élevage d’ânesses ?
L’âne est un animal assez magique… Déjà, nous le qualifierions de “sobre”, dans le sens où il ne mange et ne boit pas beaucoup (c’est un animal d’origine désertique). Il est très intelligent (d’autres diront têtu…) et l’ânesse ne donne pas son lait si facilement… Car si on la sépare de son petit trop longtemps, sa lactation s’arrête très rapidement. Elle a aussi la faculté de couper son lait si quelque chose ne lui plaît pas pendant la traite, ou bien si elle manque de confiance en nous…
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Pourquoi avoir choisi de travailler avec le lait d’ânesse ?
En plus d’être un produit noble aux nombreuses vertus pour la peau, le lait d’ânesse n’est pas comme les autres ! C’est le lait qui se rapproche le plus du lait maternel “humain”, il ne comporte pas de caséine (protéine permettant au lait de cailler et donc de faire du fromage), il est donc très peu allergisant. Son goût se rapproche plus du lait d’amande que du lait de vache, légèrement sucré et très léger, il étonne toujours les papilles de nos visiteurs goûteurs !
La vie avec les ânesses
- Combien d’ânesses élevez-vous aujourd’hui ?
Notre troupeau est actuellement composé de 14 ânes, ânesses et ânons.
- Est-ce que vous pourriez nous raconter une journée type à la ferme ?
Une journée type chez nous, ça n’existe pas ! Nos tâches sont bien trop diversifiées pour ça… Mais nos journées commencent et finissent toujours par la même chose : s’occuper de nos animaux ! Il faut déjà les nourrir (c’est-à-dire leur ouvrir de l’herbe en été, ou bien leur amener du foin en hiver), nettoyer et remplir leurs abreuvoirs, curer les abris puis bien sûr vérifier que tout le monde se porte bien et prodiguer des soins quand cela est nécessaire. Ensuite, chaque journée est différente en fonction de nos besoins, de nos rendez-vous, ou de la météo…
- Comment décririez-vous vos ânesses ? Ont-elles chacune leur petit caractère ?
Elles sont toutes très gentilles et fans de gratouilles. Certaines sont un peu plus collantes que d’autres, mais de manière générale elles sont toutes très sociables. Mais elles ont effectivement chacune leur vécu, leur caractère et leurs préférences. Par exemple, leur zone de gratouilles préférée !
- Y en a-t-il une qui vous a particulièrement marquée ou dont vous aimeriez nous raconter l’histoire ?
Elles nous ont toutes marquées à leur manière, mais on peut évoquer Gaïa qui est arrivée accompagnée de sa fille Masha de 2 mois. Ce sont les toutes premières ânesses que nous avons accueillies chez nous et pour la petite anecdote : ce sont elles qui sont représentées sur notre logo, d’après une photo que nous avons prise !
Du lait aux cosmétiques
- Comment se déroule la récolte du lait ?
Avant de faire la traite, il faut commencer par séparer l’ânon de sa mère par une clôture : les mamans d’un côté, et les bébés avec le reste du troupeau de l’autre. La traite est effectuée manuellement directement au pré. Pour éviter un engorgement de la mamelle, nous préférons faire plusieurs petites traites dans la journée plutôt qu’une seule : on compte donc entre 2 et 4 traites par jour en fonction du stade de lactation de l’ânesse.
- Que faut-il savoir sur la production de lait d’ânesse ?
Contrairement à la production de lait d’autres animaux, nous ne sommes pas obligés de faire la traite tous les jours… Quand nous n’avons pas le temps ou tout simplement pas besoin de lait, nous laissons l’ânon avec sa mère et c’est lui qui s’occupe de tout !
- Comment passe-t-on du lait à un savon, une crème ou un autre produit cosmétique ?
On passe par énormément d’étapes avant de pouvoir vendre nos produits finis : les produits cosmétiques sont très réglementés en Europe (bien plus sévèrement que les produits alimentaires). Les étapes de fabrication dépendent ensuite du type de produit : pour les savons nous utilisons la méthode de saponification à froid, pour les crèmes il faut effectuer une émulsion.
- Pourquoi avez-vous choisi de fabriquer vos cosmétiques vous-mêmes / de travailler de cette manière ?
Nous avons décidé de fabriquer nous-même nos produits pour garder un certain contrôle sur les matières premières, ainsi que sur les process de fabrication. Cela nous permet également d’avoir moins de charges : pas de laboratoire sous-traitant à payer (et ça coûte très cher…). Dernière raison : c’est tellement plus gratifiant de vendre nos propres produits ! Nous les connaissons par cœur et nous pouvons donc en parler beaucoup plus facilement et précisément.
- Qu’est-ce qui est important pour vous dans la composition et la fabrication de vos produits ?
Nous prenons soin de sélectionner des matières premières bio (ou autorisées en bio), sans huile de palme (point très compliqué pour les crèmes par exemple), et un maximum d’origine naturelle. Choisir nos méthodes de fabrication nous permet de conserver un maximum les qualités de notre précieux lait. Par exemple, nos crèmes contiennent 30% de lait frais (donc pas en poudre) et incorporé à froid, ce qui n’est pas le cas des crèmes fabriquées en laboratoires industriels.
- Y a-t-il un produit dont vous êtes particulièrement fiers ? Pourquoi ?
Trouver un producteur de lait d’ânesse qui fait ses propres savons, ça devient assez courant… Mais un éleveur qui fabrique ses propres crèmes, c’est beaucoup plus compliqué ! Car les crèmes (et d’autant plus, au lait d’ânesse), sont des produits très fragiles et propices aux bactéries et champignons. Rares sont les producteurs qui se risquent à les formuler et les fabriquer eux-même : cela demande beaucoup de recherche, d’essais, de tests labo, et donc de temps… Bref, nos crèmes artisanales sont un peu notre “marque de fabrique”.
Une aventure familiale et humaine
- Quelles sont les valeurs qui sont au cœur de Naturânesse ?
Pour résumer : Le respect du bien être de nos animaux, de l’environnement, ainsi que de votre peau !
- Comment conciliez-vous production et respect du rythme des animaux ?
La production est tout simplement rythmée en fonction de nos animaux. Par exemple, nous ne commençons pas la traite d’une ânesse avant que son ânon ne soit un minimum indépendant. Et cela peut bien sûr varier considérablement d’un individu à l’autre : à trois mois, certains ânons peuvent encore être très fusionnels avec leur mère et la suivre partout, tandis que d’autres se montrent déjà étonnamment indépendants dès l’âge de deux mois… On s’adapte donc à chacun, et on intègre toujours la traite très progressivement.
- Est-ce important pour vous que les visiteurs puissent découvrir directement votre travail ?
Nous aimons présenter notre travail, d’abord et tout simplement parce que c’est un métier qui nous passionne… et que lorsqu’on aime ce que l’on fait, on aime forcément en parler ! Mais c’est aussi important pour nous que les visiteurs puissent prendre conscience de tout le travail qui se cache derrière chacun de nos savons ou de nos crèmes. Car ce n’est pas toujours évident au premier abord, et cela en surprend plus d’un !
- Qu’est-ce que cette aventure a changé dans votre quotidien ?
Elle a littéralement changé tout notre quotidien… Lorsqu’on doit gérer une entreprise, et d’autant plus quand cette entreprise dépend du vivant, il faut être tous les jours sur tous les fronts. On oublie les grasses matinées et les jours de repos !
- Quel est le plus beau souvenir que vous gardez depuis le début de Naturânesse ?
Il y en a beaucoup, mais si on devait en choisir un seul ça serait sûrement la première naissance à la ferme ! Et elle a mis un peu de temps à arriver car nous avons rencontré pas mal d’aléas durant les deux premières années… Mais en avril 2024, Omnia a pointé le bout de ses longues oreilles dans notre petite étable et nous avons même pu assister à sa naissance.
- Et le plus gros défi que vous avez dû relever ?
Là encore, il y en a des tas… Mais un de nos plus gros défis concerne l’achat de notre ferme définitive. En effet, nous sommes locataires “temporaires” depuis le début de l’aventure : c’est compliqué de mettre en place des choses quand on n’est pas vraiment chez nous. Mais cela devrait changer dans quelques semaines car nous allons enfin pouvoir être propriétaires de notre petite ferme
Et demain ?
- Avez-vous de nouveaux projets ou des envies que vous aimeriez concrétiser ? Un nouveau produit cosmétique ?
Les projets ne manquent pas, c’est le temps pour les mettre en œuvre qui nous manque ! On essaye d’avancer pas à pas et de ne justement pas trop nous disperser… Le gros projet en cours est la formulation d’un nouveau type de produit pour compléter un peu plus notre gamme cosmétique : deux laits corporels qui sortiront probablement cet hiver !








